mercredi 19 novembre 2008

histoires de l'art / La mobilité.


La mobilité n est à priori pas le meilleur mot qui convient à l Oeuvre. L Oeuvre résulte plus souvent et surtout dans ses premières apparitions artefactuelles d une fixation plus que d un mouvement. Si elle naît d un mouvement, d un geste hasardeux, d une invocation ou d une reproduction, elle tend toujours et finalement vers la chose morte, se veut-elle éternelle, elle ne fait que défier un futur incertain pour nous autres, enfants du siècle des lumières, fils de Descartes, armés de doute et de raison. Peu importe finalement l avis de l auteur sur son Oeuvre, elle saura toujours révéler son intérêt à des périodes réceptives à son aura. Donc si l Oeuvre d ambition artistique, au sens moderne du terme (support autonome de pensée et défi critique) n était pas faite pour une mobilité dans l espace, elle pouvait cependant l être dans le temps. Les sculptures funéraires révèlent en ce sens d un caractère mobile. Tant la petite pirogue égyptienne que le cercueil-navire indien fait l objet d une attention artisanale précise et ce pour que le mort puisse traverser les eaux de sa mémoire et rejoindre ses ancêtres en toute quiétude. Mais le voyage est obscur, finalement intemporel, « inspatial ». Son bâteau peut être un vaisseau comme celui du grand seigneur et mathématicien Pacal, sculpté en bas relief, aux manettes de sa cité pyramidale ; il pourrait être tout autre car il convient d abord que le réceptacle funéraire soit un véhicule et que sa position affleure un lieu de culte.


Selon les observations de Mircéa Eliade, le temple est conçu comme une porte d entrée cosmique, il est d autant plus important alors que les ornementations ou la fabrication de ces objets et propulseurs contiennent des clés, des formules et revêtent un caractère codé, jouant un rôle d avant-garde contre les ennemis de la libération du défunt : mauvaises pensées, péchés, erreurs génétiques, chaînes d A.D.N atrophiées.

Mais cette investigation très sommaire dans l art funéraire faiblit semble-t-il à la lecture du Bardo-Thödol, le livre des morts tibétains. Même si il évoque poétiquement et concrètement le voyage du mort jusqu à sa libération à travers des étapes colorées, il n est nullement précisé que l intervention humaine d accompagnement auprès du défunt ait recours à une pratique "artificielle" (qui userait d un artifice). La participation à caractère artistique serait ici plutôt d ordre sonore et sensoriel car la fonction de l accompagnateur, qui doit déjà avoir un niveau spirituel élevé par sa pratique méditative, guide par une transmission orale et télépathique les pas du défunt vers sa destination ouverte et espérée.

Le culte mortuaire qui fait suite à ce long cheminement et qui consiste à offrir à l appétit des vautours le corps du défunt, est plus d ordre pratique et naturel, métaphorique si l on veut, pour notre propension à l imagination.

texte en cours

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