dimanche 8 février 2009

Le désappartement.


A Nice, en 2004, sous l'impulsion de Robin Decourcy, bientôt suivi par Tristan Looa, David Carmine, Ludovic Corberand et Djonam Saltani se créera un lieu d'expériences uniques et déroutantes: "Le désappartement". Ces derniers, jeunes artistes et invités de passage, y vivent de manière fugace et anonyme. Le lieu est vide et plein à la fois. Après quatre ouvertures au public, le désappartement sera rendu totalement transformé à ses propriétaires, un couvent de dominicains et la Mairie de Nice... l'Eglise et l'Etat en quelque sorte, ce qui ne sera pas sans poser de problèmes. Pour m'y être rendu à chaque fois et pour avoir goûté à bien d'autres énergies collectives émérites tel que la Station, la sous-station Lebon, les Diables Bleus, 3 initiatives artistiques cohérentes et engagées qui se sont vus finalement dissoutes voire détruites par leur propre ville, je peux témoigner de l'extraordinaire et de l'empathie que dégageaient les réalisations de ce lieu d'art et de vie.

Qu'un appartement puisse servir de support à l'art n'a rien d'un fait nouveau, du premier musée d'art moderne aux Etats Unis fondé par Katherine S. Dreier et dont Marcel Duchamp était le président aux galeristes débutant leur pratique à domicile, l'exposition d'art a eu le temps de s'accommoder de toutes les contraintes de l'habitat humain. En revanche que l'habitation devienne elle-même l'expérience artistique est un fait plus rare et il en est resté de troublants souvenirs, difficilement conservables, souvent disparus ou retournés dans la sphère du privé. La Totes Haus U.R, le Merzbau, la Whitehead's House, le Conical Intersect, autant d'oeuvres poussées à leur paroxysme formel et qui, pour chacune, semble s'être révélée au public comme une pièce maîtresse de leur auteur.



Ici, première surprise, l'auteur est multiple, l'oeuvre fragmentaire, en cours, active dès la reprise du lieu. L'ancien propriétaire, un archéologue décédé il y a quelques années, a laissé dans l'appartement de nombreux éléments personnels: photographies, restes de fouilles, livres, documents papier... Les artistes déploient les souvenirs, les analysent, les ingèrent et semblent aussitôt utiliser la méthode découverte. Evitant la morbidité futile d'exposer ces objets fragiles, ils décident presque inconsciemment de simuler le procédé de recherche archéologique et d'opérer directement sur le bâtiment : papier-peint, mur, caches, plinthes, palimpsestes, fissures seront leur matière et leur vocabulaire. L'orientation est manifeste, son sujet sera la révélation de l'espace vital et vécu.

« Le 2 rue hôtel de ville nous a toujours été étranger. Il constitue pourtant notre premier abri, protection contre le froid, contre le chaos urbain, le bruit et les intempéries (...) Le désappartement (the diflat) scelle nos divergences, clame notre silence artistique. Il n’y a aucune volonté thématique mise à part une attention chronique, ‘a guarantee of sanity’ (Louise Bourgeois), portée à la relation humaine (...) Distance de cloison pas si épaisse, car à force de gratter au lieu de recouvrir, le mur pourrait devenir panpsychisme (...) Dessus le ‘Lynch’ naturel de l’entrée (papier-peint fleuri, jaune et cramoisi) un arbre a été tranché et vous ne le verrez peut-être même pas car un autre s’y dessine, au scotch, au cutter, à l’encre de chine. (...) L’entretien du lieu de vie est devenu une activité artistique. Le mouvement qui y confère crée des solutions utilitaires et domestiques improbables, simplifiées. Le mouvement vers une harmonie plastique fait ici pour l’instant la soustraction du gadget, du luxe. Il est fécond en images et en sons (...). Dans la chambre près du salon une tapisserie de photos de voyage a explosé sur le plafond et les quatre murs...»

Textes ~ tristan Looa, gérald Panighi, robin Decourcy extraits du site internet "le désappartement" réalisé par florent Bonnet:

http://i.1asphost.com/desappartement/desappartement.swf


Sylvain Pack.

mardi 3 février 2009

Pour le cathartique, le misérable, le scatophage, le saignant Jean Louis Costes.


jean louis costes

Evidemment les performances à caractère chamanique et sexuel de Jean Louis Costes ne sont pas aujourd'hui diffusées dans les institutions conventionnées. Sa réputation ou sa discrétion médiatique n'est pas tant de sa volonté mais plutôt de la crainte que provoquent ses explorations psychiques et organiques. Même si nous pouvons rappeler assez facilement aux plus jeunes qui nous écoutent que de nombreuses fêtes païennes ou sacrées, propre à chacune de nos cultures (latines, grecques, celtes, africaines, amérindiennes...), étaient spécialement organisées pour libérer nos tensions retenues en de puissantes explosions orgiaques partagées par toute la communauté, nous devons aussi leur préciser que le but recherché était justement celui de réguler la violence propre à l'humain dans sa société.

Ne croyez pas pour autant que ces méthodes ont été oublié. Bien au contraire, les systèmes de défouloire ont été tout à fait intégré à notre société de consommation. Ainsi les loisirs, le sport et la culture font le maximum pour donner l'illusion de cette liberté communautaire retrouvée... mais comment et où, au juste, retrouver le temps et l'espace de cette rencontre ?
Hakim Bey a, par exemple, pensé aux TAZ (Zones Autonomes Temporaires), les travellers et les techno-tribes ont eux répondu par des free-party. La Rainbow Family ouvre à quiconque ses grands rassemblements d'amour et de paix. Jean Louis Costes s'offre quant à lui, depuis une trentaine d'années, des petites transes en cave avec quelques uns de ses fidèles, partageant avec eux projections gastriques et névrotiques.

Le public présent semble tout à fait disposé à se faire peur ou à regarder de plus près ce qu'il n'oserait partager lors d'une discussion en plein jour. Il faut dire que Jean Louis Costes est rapide et a l'amabilité de nous mettre très vite sur un plan d'égalité psychique. Effectivement il lui faut en général à peine deux minutes pour nous saturer de toutes les pathologies possibles et développables à partir des origines de notre conception, de la formation de notre sexualité à l'exploration de notre fécalité. Les tabous tombent si violemment et si "bête-ment" que les spectateurs n'ont peu le choix entre rires, larmes, dégoûts et stupéfactions.

A force de don et de catharsis, usé à toutes les caves et tous les squatts, Jean Louis Costes parvient à tordre son égo à d'étranges simulacres. Bien plus christiques encore. L'exhibition de son corps souvent nu, le jet fictif de ses excréments sont autant de signes de distribution compassionnelle et d'amour spectaculaire et bilatéral. Il le confirme par ailleurs dans des interviews pendant lesquels il semble succomber et regretter de dire son saisissement et ses accointances spirituelles face au crucifix. Ses mots sont à cet égard sans malentendu mais son visage souffre et ne s'amuse pas de cette reconnaissance. Alors que regrette ici Jean Louis Costes ? Vit-il la douleur de son premier assujetissement symbolique ? Y voit-il le paradoxe d'un dieu humain qui a racheté nos péchés mais à partir duquel on aurait instauré l'organisation pyramidale de notre société ou saignerait-il vraiment pour la première fois, face aux bourreaux tant haïs de la "masse média" ?


Sylvain Pack

lundi 2 février 2009

Culturels vampires.


En société nous sommes avenants mais nous restons très occupés. Il vaut mieux donc aller droit au but lorsque vous vous adressez à nous. Si vous semblez décontracté, si vous nous faites croire que vous méconnaissez les postes que l'on occupe mais que vous ne doutez pas de l'influence qu'ils exercent, nous aurons peut-être un temps aimable et concentré à vous offrir. Si vous ne manquez pas d'humour, d'auto-dérision mais surtout de sang-froid, ce qui nous laisse entendre que vous en connaissez un bout et que vous êtes revenu d'à peu près tout, sans rentrer dans les détails... Peut-être connaitriez-vous des stars, comme nous, peut-être même les mêmes, mais ne nous étalons pas trop sur nos carnets d'adresses... Nous n'aurons rien à vous donner concrètement, nous préférons de loin vous découvrir ou que quelqu'un d'autre nous ait parler de vous. Enfin qui sait, nous sommes prêts à entendre vos idées et vos propositions. N'hésitez pas à vous dotez de bonnes références écrites et même de chiffres, ça pourrait asseoir votre position.

Nous sacrifions parfois à la grande gentillesse de certains rendez-vous... Mais il nous serait difficile de répondre aux milliers de projets qui nous sont envoyés chaque jour. Même nos secrétaires ne peuvent répondre à toutes ces sollicitations. En revanche, nous restons très ouverts aux propositions qui pourraient s'associer à notre politique. Oui car nous avons une idée politique sociale très précise, curieuse du quartier qui nous entoure, des inégalité d'accès à la création contemporaine. Nous sommes motivés par le partage des genres et des savoirs. La contemporanéité de l'art tombe bien car elle s'est aussi beaucoup intéressée aux même questions en se régénérant grâce à sa trans-disciplinarité, à sa gratuité, à sa délocalisation. Nous comprenons tout à fait ce que vous voulez dire...Tiens nous avions à peu près la même idée d'ailleurs ou je ne sais plus si c'est quelqu'un autre qui nous en a parlé. C'est intéressant en tout cas. Recontactez-nous.

Parfois, nous dirigeons des grosses machines et nous recevons énormément de subventions mais nous avons comme code d'honneur de ne pas le dire. Ce serait indécent. Souvent, nous sommes issus d'un projet assez radical dont nous essayons de préserver l'esprit mais nous voyons bien que vous en doutez. Il faut dire qu'il est dangereux pour nous et notre statut de se risquer à des noms mystérieux. Nous pouvons y perdre tout la fidélité et l'audimat que nous avons mis du temps à sécuriser. Ainsi il nous est plus évident de faire tourner des objets de confiance, quitte à se laisser naïvement berner par les ersatzs de ces derniers... Pour être plus honnête, c'est moins cher et c'est plus amusant. Nous aussi, on s'y essaie. Il n'y a pas que les artistes qui sont capables de faire de l'art. La preuve : les artistes n'en ont-ils appelé pas à la démocratisation de leur art, voir en sa décélébration totale ? Nous les avons bien vu faire et vous en bénéficierez d'une certaine façon. Allez, partageons le gâteau de la reconnaissance! Nous en avons besoin aussi, toujours à travailler derrière ou pour la diffusion de leur fantasme. L'oeuvre ne devient-elle pas aussi celle de tout le monde, celle que l'on investit de notre regard ?

Cette année en tout cas, nous avons décortiqué toutes les thématiques abordées et invité en conséquence quelques artistes en vue. Le travail de sensibilisation sera plus facile à réaliser. Les classes d'écoles et les maisons de quartier pourront assister aux préparations. Mais nous n'avons pas pu éviter certaines coupes de budget. Sans inquiétude aucune, je pense que notre équipe va vite trouver la possibilité d'utiliser des idées que vous nous avez finalement donné à entendre. Vous nous avez semblé aussi soucieux de cette nécessité de partage. Vous n'en serez donc pas, outre mesure, perturbé. Et, pour ne pas trop vous blesser, nous détournerons un tout petit peu votre concept vers quelque chose de plus simple, de plus festif et éviterons d'utiliser le même titre. Merci à vous et à toutes ces collaborations invisibles.

Sylvain Pack