mercredi 14 janvier 2009

Contre Christophe Honoré, le creux de la vague.


christophe honore

Je viens d'abréger le film "La belle personne" (4 étoiles par Libération, L'express, Télérama...) et Christophe Honoré va me servir idéalement et très injustement de bouc émissaire pour asséner ma hargne et mon dépit quant à la production du cinéma français. Pour commencer rapidement, ce film est évidemment celui d'un très mauvais faussaire. Pour cela aucun besoin d'aller chercher dans les objets de la nouvelle vague pour comprendre l'hommage ou plus simplement la technique de séduction utilisée : refaire du neuf avec du vieux. De séduction d'ailleurs, il est question. Choisissez de jeunes visages lisses et glabres, un peu mélancoliques et malades, réunissez les dans un lycée parisien et secouez mollement, vous obtiendrez l'immonde fainéantise filmique qu'est "la belle personne".

Mais pourquoi donc tant de haine de ma part ? Un regard sur la jeunesse parisienne ne peut-il être source de questions sincères ou d'émerveillements ? Certes mais le gouffre s'installe si vite entre nous et la surface de projections lorsque l'on découvre qu'aucun acteur n'est porté par une quelconque vérité puis enfin, fatalement, lorsque l'on décèle la fragilité du propos : les conflits sentimentaux que provoque une jeune lolita débarquée fraîchement dans l'école. Là aussi n'y aurait-il pas encore matière à vivre un dilemme oedipien, à participer à l'érotisme complexe de cette belle traumatisée ? Non, Christophe Honoré semble plutôt s'être inspiré directement des sitcoms de télévision pour illustrer ses passions secrètes. En passant par la "cafète" (le bar avec la gentille tenancière vieille et moche et confidente), le quiproquo de la lettre d'amour qui tombe de la poche, le prof qui sort avec ses élèves, les jalousies ... on aura vite compris que le réalisateur en pince pour ces belles gens mais faut-il tristement aussi reconnaître qu'il est nulle part question d'intelligence, d'intelligence du coeur, d'intelligence de l'esprit, d'intelligence de quoi que ce soit. Tous ces privilégiés, déprimés par la grisaille et l'ennui, se désirent dans une consternante sècheresse d'âme. Le tout est à coller dans la vitrine pathétique et nostalgique (néanmoins calculatrice) du cinéma français au côté d'"Amélie Poulain" et d'autres attrape-nigauds touristiques.


christophe honore

Passons enfin à la production cinématographique bleu-blanc-rouge, ultra réservée, tout à fait à l'image de cette petite caste parisienne tout juste déboîtée. Voilà peut-être 20 ans, peut-être 30 ans que le cinéma français s'auto-congratule et se définit comme la plus belle des familles (souvent entendue aux cérémonies des Césars). Une famille, c'est sûr qu'il s'agit bien de cela : un Famille qui a du Travail et qui a une Patrie... bref une grande famille qui protège son territoire et se dispute les sujets les plus mièvres et les réalisateurs les moins controversés. J'ai bien envie de vous réciter une liste d'acteurs vus et revus, qui bénéficient de toute notre crédulité mais je crains qu'elle ne soit trop longue pour votre attention. J'observerais donc plutôt la chape qu'a créé insidieusement cette tribu en rendant niais, flou et morne le cinéma français à l'étranger. C'est vrai qu'il y a de quoi rougir face à notre passé et surtout devant l'ingéniosité créatrice et la réactivité politique de tant d'autres pays. La France a assis sur ses origines intellectuelles et artistiques, un lot d'imposteurs et de nantis qui ne veulent en aucun cas perdre leur place, qui écrase toute une génération d'artistes intrépides et généreux pour préserver leur gagne pain, à moins qu'ils n'aient déjà appris à étouffer ces même poussins dans leur coquille. Des écoles d'art et de cinéma jusqu'aux agences de casting et de production, le souci est à la propreté de l'image et au consensus de sens. Il serait totalement naïf pour croire qu'un film produit aujourd'hui en France a sa liberté de parole ou ne nous faudrait-il pas un peu plus de conscience pour boycotter cette soupe ininterrompue et faire une supplique en faveur de productions autonomes sans grand renfort de publicité ?

Sylvain Pack

2 commentaires:

  1. Je ne peux que rejoindre votre propos tant ce film m'a mise hors de moi ! On y atteint les sommets du vide... Et dire que cet homme a des moyens pas possibles pour faire ses films dignes des pires séries AB et pour faire même du théâtre à présent! Le problème n'est pas qu'on manque de talents en France, le problème est à un autre niveau : plus personne ne cherche de talents (à quelques exceptions près) et il n'y a aucun contrôle quant aux formations artistiques... Alors qu'un monsieur creux s'impose par vanité, et tout le monde applaudit un crétin parce que c'est devenu "un nom"... Cela me révolte ! Y aura-t-il un jour une politique de "qualité" artistique en France ?! Et que ceux qui opposent tout de suite leur véto face au mot "politique" et tout ce qui a trait à une autorité quelconque aillent voir le théâtre en Russie. Là-bas, la plus petite troupe a un niveau de base qui permet au public de passer de bons moments, là-bas, personne ne s'improvise metteur en scène et les écoles sont très ardues, car on considère qu'être acteur ou metteur en scène, c'est exercer un véritable métier (alors qu'ici nous ne sommes attentifs qu'à ceux qui "réussissent", on vit dans la starmania capitaliste...). Là-bas on rivalise d'originalité, d'inventivité et les talents peuvent éclore dans ce contexte. Et là-bas on ne laisse pas passer des spectacles ou des artistes médiocres, et le monde de l'art comme le public s'en portent beaucoup mieux... Quand nous inspirerons-nous de modèles meilleurs que les nôtres?

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  2. Je ne sais si j'aurais l'occasion de découvrir l'activité scénique en Russie mais vous m'en donnez l'envie...
    Faut-il vraiment chercher un modèle ? ... nous pourrions essayer de désaxer les politiques culturelles protectionnistes, permettant le renouveau, aux questions nouvelles d'avoir place, en évitant l'assujetissement aux formes canoniques et à ceux qui en profitent d'abord financièrement : théâtre... Je me demande.

    Sylvain Pack.

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