dimanche 11 janvier 2009

Pour Pascale Servoz-Gavin, la bascule de pièces encodées.



Pascale Servoz-Gavin a saisi le rapport qui se trame entre la danse et l'image filmé, ce qui fait d'elle à ma connaissance la plus inventive et la plus inspirée des réalisateurs de danse-vidéos. Sa supériorité filmique ne lui vient en aucun cas d'une élégance claire, d'une transmission ou d'un respect systématique du travail physique de la danse. Ce qui la distingue de toute évidence est la singularité totale d'un langage factuel, d'un témoignage excessivement intime du corps en mouvement. Ce témoignage ne s'encombre d'aucun code de cadrage labelisé, ingéré par le cinéma, la télévision ou la vidéo d'artistes. Le bien tenu, la steadycam, la caméra planante, toujours en vue de s'associer au regard du spectateur (malgré certains qui s'en défendent) restent preuves d'un bon goût, d'un encore bien pensant promulgué et maintenu par ce dernier art encore très circonstancié qu'est le cinéma. Ne renions pas cependant à l'image filmé tout son lot d'expérimentations formelles. Hans Richter, Luis Bunuel, Andy Warhol, Guy Debord, Bill Viola, pour ne citer que les plus célèbres, ont tenté d'interroger le support filmique et ses limites pour des raisons toutes différentes mais elles s'inscrivent toutes dans leur parcours et leur processus personnel, ésotérique en quelque sorte, faisant corps avec l'ensemble de leur poétique. Leur style n'est pas obligatoirement la quête première et il surprend d'autant plus lorsqu'il s'affirme, jaillissant, évident soudain pour le public qui reconnaît et redécouvre toujours son auteur, en recherche d'une oeuvre, d'un ouvrage, dans le futur de sa trace, partitionnant sa propre réalité.



Avec 4 films à peine Pascale Servoz-Gavin signe déjà les tableaux animés d'une éblouissante beauté. Chacun d'une facture complexe et impliquée, tel que le sens d'un montage raisonné serait difficilement avouable, il nous emporte dans une danse pour la gloire, c'est à dire pour rien au monde saisissable et pourtant aussi proche que pourrait nous être un ami. A travers des performances d'artistes, comme elle, offerts au "sacrifice d'un dieu sans visage", lui soumettant toute leur animalité et toutes leurs pulsions géométriques, l'auteur retire du tamis le plus vital, tisse le plus précieux et le plus décousu, méditant plusieurs mois sur chaque fragment, portant aux nues maladresse, incongruité.


Jeune comédienne virtuose, programmatrice de vidéos expérimentales au Louvre, régisseur chez Gaspard Noé puis graveuse et ingénieur lumière, elle aura su multiplier ses expériences sans jamais s'y arrêter et en retirer une entière désinvolture dédiée au plus fragile : la jeunesse, la rue, la danse... Avec "Daydream", "Animalite", "Tango dans l'eau", "Ozland", 4 films à peine, Pascale Servoz-Gavin nous livre déjà les clés d'un orfèvre trismégiste qui n'aurait ni serrure, ni porte à nous proposer, et qui pourtant s'appliquerait à nous envoûter par la bascule de ses pièces encodées, à nous emmener dans quelque paradis retrouvé par leur utilisation incompréhensible.

Sylvain Pack

1 commentaire:

  1. merci pour cette artickle qui donne envie de voir, d'entendre, de connaitre et bravo à l'auteur qui l'a écrit, poéte

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